{ Du calme. Enfin du calme. C’était tout ce qu’il fallait au jeune garçon assis à la table du fond pour travailler le japonais. Les livres étaient étalés sur la table et le nippon blond tenait un stylo dans sa main, qu’il faisait nerveusement tourner entre ses doigts. Il avait une dissertation à rendre le lendemain et comme de bien entendu, cela faisait une semaine qu’il pouvait la faire. Evidemment, l’expression « ne jamais remettre à demain ce que l’on peut faire aujourd’hui » ne lui ait jamais venue à l’esprit. Evidemment, elle venait à tout le monde, sauf à lui. Evidemment. Bref. Malgré le retard qu’il avait prit – et la feuille blanche devant lui indiquait que ce n’était pas prêt de s’arrêter – il était assis là depuis plus d’une heure et n’avait toujours rien écrit. A la place, il se contentait de dessiner rêveusement sur une feuille de brouillon. Bientôt, les aiguilles de l’horloge allaient atteindre les 6.00pm. Et il serait temps pour lui de rentrer chez lui. Car ses parents refusaient qu’il soit sorti après 7.00pm et comme leur appartement était éloigné du centre-ville, il lui fallait toujours plus de temps que s’il s’y rendait en bus. Mais ce garçon détestait les transports en commun. C’est pourquoi soit il prenait son vélo pour venir, soit il venait à pieds. C’était en partie pour cela qu’il était beaucoup plus endurant que les autres garçons, néanmoins, il n’était pas doué en sprint.
Il ne lui restait plus qu’une demi-heure pour faire quelque chose de correct sans bâcler le travail et ce pour demain. Courageons-nous, comme dirait ce jeune homme avec son mauvais japonais. Nous dirons plutôt qu’il le fait exprès bien qu’il sache très bien parler. Pourtant, malgré le signal d’alerte dans sa tête, il ne réagit pas, continuant ses dessins de Mauvais Œil, de plumes et de cœurs percés de flèches et dévorés par les flammes. Tu veux que je te dise, Kazuko ? Tu aurais du prendre une option art. Tu es plus doué en dessin que pour toutes les autres matières. Et puis regarde-toi, tu ne fous rien de tes journées à part dessiner sur tes feuilles… Combien tu as de feuilles dessinées en tout ? Euh… Disons une centaine. God damn ! Fais une carrière de mangaka ! Je ne sais pas moi. Non je veux devenir chanteur. Si tu continues à parler à ta conscience, t’es mal parti. Mais… Mais c’est toi qui me parle, là ! Saleté, va. Sans commentaire.
Kazuko Oishii secoua la tête pour se sortir de sa rêverie et la leva vers l’immense horloge. 5.45pm. Il grimaça. Tant pis pour cette dissertation, il la ferait chez lui, après son cours de guitare… Et après avoir demandé de l’aide à Akira pour un exercice de maths. Bon… Il était mal parti, oui. Finalement, il se décida à faire un mouvement : celui de plonger la main dans sa poche pour en tirer son portable. Il composa le numéro de son frère et murmura afin qu’on ne l’entende pas : }
- Aki-chan, c’est moi. Tu veux bien dire à Otô-san et Oka-san que j’arriverais une heure plus tard… Nan, j’ai encore une dissertation à faire et je suis en retard… Okay, ce serait gentil… Merci beaucoup. A toute à l’heure…
{ Puis il raccrocha et se mit bien docilement à la dissertation. }